Stéphanie Hochet : Pacifique
Daniel Ducharme | Romans français ap 1900 | 2026-03-01
Comme je l'ai mentionné dans une note précédente, j'ai redécouvert l'écrivaine belge Amélie Nothomb l'automne dernier. Et de lire cette autrice m'a amené à lire d'autres auteurs dont elle se sent proche. Aussi, ai-je lu Le sang noir de Louis Guilloux. Selon une amie, une admiratrice d'Amélie Nothomb, au point où elle a pris l'habitude de lui écrire, il y aurait une connexion entre son œuvre et celle d'une autrice française : Stéphanie Hochet. Cela a attisé ma curiosité, de sorte que j'ai commencé à lire ses romans et, parmi eux, Pacifique dont je rends compte aujourd'hui.
Dans Pacifique, Stéphanie Hochet se met dans la peau d'un soldat japonais - Isao Kaneda - qui a été choisi pour une mission kamikaze en 1945. En première partie, dans une dizaine de chapitres courts, elle décrit l'état d'esprit du soldat qui se prépare à donner sa vie pour l'Empire, l'honneur suprême du combattant. Dans la deuxième partie, elle se penche sur la formation de Kaneda qui vit chez sa grand-mère, la fille d'un samouraï, porteuse des valeurs ancestrales du Japon. La grand-mère embauche un précepteur - Mizu -, chargé d'enseigner les lettres classiques (grec et latin), les mathématiques et l'histoire au jeune adolescent, subjugué par L'Art d'aimer (Ars amatoria) d'Ovide et, un peu plus tard, par la pièce Roméo et Juliette de William Shakespeare. À l'âge de 16 ans, Isao retourne vivre chez ses parents, et c'est là qu'il prend la décision de devenir pilote d'avion pour l'armée japonaise. En troisième partie, on retrouve Kaneda comme on l'a laissé à la fin de la première. Il s'apprête à partir en mission suicide, il s'apprête à mourir pour le Japon impérial, mais il doute, tout en accomplissant sa destinée. Malheureusement - heureusement, c'est selon -, un problème de carburant l'oblige à atterrir d'urgence sur une petite île coupée du monde, une île qui, en raison de la guerre qui fait rage, n'a presque plus de contact avec les îles environnantes.
Sur cette île, Isao découvre une autre culture ancestrale, plus pacifique - un terme polysémique qui me fait douter des intentions de l'autrice. En intitulant son ouvrage Pacifique, voulait-elle pointer une région du monde, des terres baignées par cet océan, ou simplement faire référence à la paix intérieure que procure la plénitude de l'être ? Honnêtement, je ne le sais pas.
J'ai lu cet bel ouvrage en format papier. Depuis l'automne dernier, j'ai recommencé à lire des livres dans ce format. Mais je ne lis que des textes courts, rédigés dans un style qui va à l'essentiel. Le style de Stéphanie Hochet s'avère tous à fait dans mes cordes. Il est simple, alerte, dépouillé. Chaque mot y a sa place, et l'autrice évite les phrases trop longues, inutiles. En moins de 140 pages, elle nous raconte une histoire, elle nous fait ressentir le doute de ce jeune kamikaze éduqué pourtant à l'honneur de mourir pour l'Empereur de droit divin. Et le roman se termine sur un satori, le stade ultime du bouddhisme zen. Un éveil spirituel profond qui fait comprendre la réalité dans ce qu'elle a de plus pure. Je n'irai pas plus loin, n'étant absolument pas un adepte du bouddhisme zen.
Un beau roman, donc, au style simple et direct, que j'ai lu en 48 heures. Même si on rapproche parfois cette écrivaine d'Amélie Nothomb, ses romans sont radicalement différents. Mais une certaine profondeur émerge de leurs écrits - plus intimistes dans le cas de Stéphanie Hochet.
Pacifique est le premier roman de Stéphanie Hochet qu'il m'a été donné de lire. Parions que ce ne sera pas le dernier…
Hochet, Stéphanie. Pacifique. Rivages, 2020